La sexualité chez les aînés

La sexualité est un élément très important de la vie des gens, peu importe leur âge. Si les besoins et l’intérêt peuvent fluctuer d’une personne à l’autre en vieillissant, la sexualité demeure tout de même un enjeu très important. Au-delà des tabous, rappelons-nous qu’avoir une sexualité active est bon pour la santé et le bien-être des personnes âgées, et qu’il est important d’en parler!


Un tabou à briser


Souvent associée à la jeunesse, la sexualité est rarement abordée quand il s’agit des personnes âgées, comme si le fait de vieillir sous-entendait inévitablement de devenir asexué. « Pourtant, c’est un besoin fondamental, peu importe l’âge de la personne », affirme Cristina Gangan, infirmière clinicienne au Marronnier. « Même à 90 ans, c’est tout naturel d’avoir des besoins sexuels, autant que de manger et de s’habiller. C’est très sain et ça a un impact positif sur la santé globale. »

Le personnel médical est de plus en plus conscient de cette réalité, mais certaines personnes âgées sont encore mal à l’aise d’en parler. « Une fois un lien de confiance établi avec nous, elles commencent à s’ouvrir un peu plus. Tout le personnel ici est formé et sensible à cet enjeu. On les écoute sans jugement et avec bienveillance. »


Médication, changements hormonaux, culpabilité : les principaux défis rencontrés


En vieillissant, le corps change, tout comme ses réactions au désir. Plusieurs éléments peuvent agir sur la vie sexuelle des aînés; il est important d’en parler pour trouver des façons de s’adapter.


Les effets secondaires de la médication



Certains médicaments peuvent entraîner des effets secondaires, comme le dysfonctionnement érectile ou la sécheresse vaginale. Or, des solutions pharmacologiques existent (par exemple Viagra), mais dans certains cas, ces solutions ne sont pas envisageables.

« On sait que les traitements contre la dysfonction érectile agissent sur le système cardiovasculaire et qu’ils sont contre-indiqués en cas de prise de certains médicaments. Prenons, par exemple, cet homme qui a dû choisir entre un traitement expérimental pour le cœur et la prise de Viagra. Dans un cas comme celui-là, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse : ça dépend de la situation. On informe la personne des pour et des contre de chacune des options, puis la décision lui appartient. Mais peu importe ce qu’elle décide, on est là pour l’appuyer. »

Certains médicaments, comme les antipsychotiques, peuvent également entraîner une désinhibition. « On accompagne alors la personne pour lui faire prendre conscience de ce qui est acceptable ou non dans ses gestes et de l’impact de ceux-ci. »


Les changements hormonaux


Que ce soit la baisse de testostérone chez l’homme ou la ménopause chez la femme, les changements hormonaux ont un impact important sur la réponse sexuelle du corps. En tête de liste chez la femme, la sécheresse vaginale. « Les rapports sexuels peuvent entraîner des infections urinaires et, dans certains cas, une irritation due à la sécheresse de la muqueuse des organes génitaux. Dans les deux cas, les symptômes se ressemblent beaucoup. Il ne faut donc pas hésiter à consulter. On va prescrire une crème ou un lubrifiant pour la sécheresse vaginale et la médication appropriée dans le cas d’une infection urinaire. Ce sont des choses tout à fait normales qui se produisent très régulièrement! »


Ces changements hormonaux peuvent entraîner l’adoption de nouvelles pratiques sexuelles, la pénétration n’étant plus nécessairement l’objectif premier d’une sexualité saine et positive. La génitalité n’est en effet qu’une des dimensions de la sexualité, qui peut être abordée d’un point de vue affectif, psychologique et cognitif plutôt que tout simplement biologique. Toutes les notions de séduction, de complicité et d’affection doivent aussi être prises en compte.


La culpabilité


Plusieurs personnes hésitent à s’engager dans une seconde union après le décès de leur partenaire. « Beaucoup d’hommes viennent nous voir parce qu’ils se demandent s’ils ont le droit de retomber amoureux, d’avoir à nouveau une vie sexuelle active, ou si c’est une trahison envers leur première femme. Rencontrer l’amour à nouveau peut venir avec un grand sentiment de culpabilité. »

La solution est encore d’en parler, avec son nouveau ou sa nouvelle partenaire, des professionnels de la santé ou des proches. Bien souvent, les familles sont très heureuses pour le nouveau couple. Pour les enfants, c’est rassurant de sentir que son parent s’épanouit et que de nouvelles étoiles brillent dans ses yeux.


Les bienfaits d’une sexualité active chez les personnes âgées



Les bienfaits associés au fait d’avoir une vie sexuelle active tout en prenant de l’âge sont très nombreux. « La sexualité agit comme un calmant naturel. Elle soulage l’anxiété, le stress et la tension », nous apprend Mme Gangan. Tout ça grâce à deux hormones miracles : l’ocytocine et la sérotonine sécrétées lors de l’activité sexuelle.

L’ocytocine, dite « hormone de l’amour », apporte un sentiment de plénitude, de confiance et de tendresse, ce fameux  petit nuage sur lequel on flotte pendant quelques jours. La sérotonine, aussi appelée « hormone du bonheur », a pour sa part des vertus antidépressives qui ont un impact réel sur la santé mentale des personnes âgées. Bref, faire l’amour, c’est bon pour le moral!

Être actif sexuellement est aussi bon pour le corps. Il s’agit d’un exercice complet pour le cœur, les muscles et la santé physique globale en plus de procurer une bonne dose d’énergie qui aide à garder la forme! « L’idée circule que l’orgasme peut entraîner un infarctus, mais si on regarde les statistiques, il contribue au contraire à développer les muscles sous le cœur. »


Le consentement : important à tout âge


Un aspect primordial à prendre en compte à n’importe quel âge est le consentement. Que ce soit pour un flirt, un baiser ou des échanges de caresses, obtenir l’accord de l’autre est essentiel. « C’est important d’en parler », confirme l’infirmière. « Le consentement est encadré de façon légale et doit être respecté, tant pour les hommes que pour les femmes. Il faut oser dire non, et il faut respecter le refus de l’autre. » Si vous êtes témoin ou victime d’abus, n’hésitez pas à en parler et à les dénoncer.


Comment dénoncer? N’hésitez pas à composer le 811 ou le 911!


Le respect de l’intimité


Vivre dans une résidence comme le Marronnier, où tout le monde a sa zone d’intimité dans son appartement, facilite assurément l’épanouissement sexuel des résidents et des résidentes. Dans certains milieux de vie où les espaces publics et privés tendent à se confondre, il demeure pourtant très important de protéger la dignité et la liberté sexuelle des personnes qui y demeurent. Le plaisir solitaire, par exemple, est une pratique tout à fait saine, positive et normale à tout âge.



Le personnel des centres d’hébergement et les travailleurs de la santé doivent être sensibilisés à cette réalité pour que tout le monde soit en mesure de respecter l’intégrité et l’intimité des aînés, peu importe leur milieu de vie.


Le Marronnier : un lieu de rencontres et d’ouverture


Milieu de vie foisonnant et dynamique, le Marronnier reçoit plusieurs couples entre ses murs et est régulièrement témoin de belles rencontres entre célibataires. « On est comme une petite ville! On voit de nouveaux couples se former. C’est beau à voir. L’amour existe encore à cet âge!  »

Au cœur de la résidence, des couples de toutes orientations sexuelles s’affichent, se tiennent par la main et se témoignent de l’affection. « Il n’y a pas de tabou et pas de jugement, que ce soit de la part du personnel ou des autres résidents. » Ouverture d’esprit, bienveillance et accompagnement sont les clés d’une vie personnelle et sexuelle saine et épanouie à tout âge!


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